I n g é n i e u r   d u   s o n

 

 

(Entretien avec Fred Woff, par Uriell Hirel pour Vis-à-vies)

 

Vous conciliez vous-même les activités techniques et artistiques. Quel aspect est le plus dominant chez vous ?

Êtes-vous Ingénieur-musicien ou plutôt musicien-ingénieur ?
 

FW: Artistiques ou techniques, toutes ces disciplines sont pour moi complémentaires et indissociables, elles s'interpénêtrent.
Vous ne me croirez peut-être pas mais c'est véridique : à l'âge de trois ans je me trimballais déjà avec mon petit magnétophone et mes cassettes, à 4 ans avec mon trousseau de câbles, connecteurs et tournevis, et à 7 ans avec mon petit orgue. Premier enregistrement de mon "groupe" de musique à 9 ans. Cela ne s'est jamais arrêté après. En fait, l'aspect technique s'est mêlé tout naturellement à la musique dès mon enfance. Je suis simplement allé vers ce qui me passionnait et vers ce dont j'avais besoin pour me réaliser plus tard.

Avec du recul, ma vision des choses est très simple : je pense qu'une connaissance approfondie des instruments et de la musique permet de pouvoir comprendre et réaliser les rêves et projets musicaux les plus fous, les plus audacieux comme les plus minimalistes ou traditionnels. De même, la prise de son et les techniques de mixage sont des éléments fondamentaux du processus de création. Je suis féru de techniques et technologies, qu'elles soient nouvelles ou anciennes, et tout autant féru de musique. Au final je mets tout ce savoir technique au service de la musique et de l'art en général.

Comment vous définiriez-vous dans vos activités d'ingénieur du son, en tant que producteur et directeur artistique ? Comment procédez-vous, quelle est votre méthode de travail ?

FW: En ce qui concerne la réalisation et la production, je crois que la plupart des artistes me perçoivent comme quelqu'un de très pointilleux, amoureux du détail, ce qui n'est pas pour autant incompatible avec la spontanéité que j'essaie dans la mesure du possible de capter lors des séances en studio. Je suis exigeant mais en douceur, passionné mais pacifiste, j'aime tout simplement trouver le meilleur de chacun, avec une volonté d'être dans la création dans une atmosphère que je souhaite la plus cool, la plus "zen" possible. Et pour cela, il n'y a pas de secret, cela passe par la parole, les bonnes relations humaines, la confidence et la volonté commune de faire quelque chose de beau, dans le respect et l'écoute mutuelle.

 

Vous semblez être en quète d'un graal sonore...

FW: Oui et non... On a pu me voir à la recherche d'une certaine perfection par moments...Pour le son, c'est certain, je suis ainsi. Je sais toujours ce que je veux obtenir et je l'obtiens, quite à y passer beaucoup de temps. Mais c'est surtout dans la production artistique que je me méfie de plus en plus de cette tendance naturelle. En studio, perséverer à outrance sur un geste musical jusqu'à qu'il soit parfait peut paradoxalement mener à une certaine stérilité musicale. Il faut donc se méfier de trop s'éloigner de la spontanéité, il ne faut pas "surproduire", vous voyez ce que je veux dire ?

Disons qu'à mon avis, plutôt que de pinailler deux heures sur l'interprétation d'une note avec un artiste,  il est beaucoup plus judicieux de prendre ce temps pour mettre les artistes à l'aise, trouver une belle complicité ensemble, être dans la confidence, ou bien au contraire, délirer, c'est ainsi qu'on obtient le meilleur d'eux-mêmes en quelques prises. Je me suis vu jubiler derrière ma console auprès d'amis musiciens, dans des moments magiques ou il n'y avait pas spécialement de recherche nécessaire préalable, c'est à dire quand l'atmosphère est au rendez-vous, qu'il y a quelque chose qui se passe, que tout est évident à ce moment-là, que les artistes s'expriment de manière totalement intuitive, spontanée, qu'ils "sentent le truc" et que c'est LA bonne prise ou le concert du siècle ! Et que les magnétos tournent...le bonheur d'un moment d'émotion capturé !

 

On vous sait amoureux des productions des années 60 et 70. Mais que pensez-vous des productions actuelles, du son de la musique d'aujourd'hui ?


FW: Oui, c'est vrai, j'adore la culture des années 60 et 70. C'est en quelque sorte ma référence en terme de créativité sonore. J'ai été baigné dedans depuis ma tendre enfance. Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que même 50 ans plus tard, on y découvre encore des joyaux de l'époque ! Et c'est un plaisir de travailler sur ces bandes de l'époque. Pour ce qui concerne les productions actuelles, en terme d'esthétique sonore, il y a plusieurs écoles, mais disons-le d'emblée : je ne suis pas très fan des disques hyper produits au son trop brillant, et suis tout autant allergique aux disques masterisés de manière musclée (compression élevée, distorsion, fatigue auditive...). C'est dit ! Mais heureusement il y a une nouvelle tendance parallèle qui vise justement à éviter ces écueils, donc à aller vers plus de spontanéité musicale et retourner à un son plus naturel ou plus créatif. Ce sont ces productions que j'aime bien.

 

Quelle est alors votre vision des choses, votre esthétique, concernant les musiques actuelles ?


FW: la direction que je viens d'évoquer à l'instant. Plus de spontanéité musicale, et un son plus naturel et créatif. Pour rentrer plus dans les détails, concernant l'enregistrement et le mixage, j'aurais plutôt tendance à privilégier la transparence et le respect du timbre en ce qui concerne les instruments acoustiques. Pour cela, j'aime travailler "façon Europe centrale", avec du matériel allemand ultra linéaire, qui ne colore pas le son : l'héritage des studios Tchèques et philharmoniques dans lesquels j'ai travaillé, incontestablement ! En revanche, concernant les parties "électriques" de mes mixes, j'aurais plutôt tendance à prendre le chemin inverse, c'est à dire à faire le choix esthétique de teinter subtilement le son ou expérimenter empiriquement en ayant recours à du matériel audio analogique "old-school" que j'affectionne aussi énormément !
En somme, je suis incontestablement marqué par les sonorités magiques des années 60 et 70 qui sont mon univers de prédilection, toutes ces vieilles bécanes analogiques fabuleuses, mais ne renie pas pour autant la précision redoutable du matériel haut de gamme d'aujourd'hui. J'aime jouer avec le contraste, j'aime la transparence autant que le son "coloré", l'audace, l'irrévérence sonore tout autant que la sobriété et la douceur ! A chaque composition le subtil mélange ou les partis pris radicaux !

 

Pour terminer, que diriez-vous à ceux qui aimeraient travailler avec vous ?


FW: Qu'ils n'hésitent pas à m'appeller ! J'ai travaillé jusqu'ici au service de la musique et de la technique sonore avec de nombreux artistes et musiciens connus mais aussi bien moins connus et tout aussi géniaux, que ce soit en groupe rock, jazz comme en orchestre classique, en studio comme en live, et je suis heureux de continuer, ingénieur, producteur, musicien, à travailler avec des personnes devenues amies, et je ne demande aussi qu'à faire de nouvelles rencontres pour évoluer et partager d'autres univers communs et d'autres différences...Il ne faut pas hésiter à me contacter si on flashe sur mon travail d'ingénieur du son, mon style d'écriture musicale. Je serai toujours heureux de connaitre de nouvelles personnes, et de découvrir également leur univers. Les belles rencontres font la vie...